Pourquoi les femmes restent dans une relation violente?

Il peut sembler facile, pour quelqu’un ne connaissant pas la problématique de la violence conjugale, de penser qu’on peut y mettre fin en quittant tout simplement l’auteur de violence. Toutefois, il est important de déconstruire ce préjugé. Les raisons de rester pour les victimes sont multiples.

 

Considérant que la dynamique de la violence conjugale s’installe de façon progressive et insidieuse, la femme doit d’abord identifier qu’il y a présence de violence dans son couple et reconnaître qu’elle en est victime. À ce moment, la femme est souvent épuisée physiquement et psychologiquement dû aux multiples conséquences de la violence conjugale subie (voir section 2.2). Elle a honte de vivre dans une relation violente, honte pour son conjoint et tente de préserver l’image de la famille. Elle se sent responsable de l’échec du couple et de l’éclatement de la famille.

 

Rappelons que l’auteur de violence est responsable de la violence qu’il exerce sur sa partenaire et que par le fait même, il est responsable du cycle de la violence (voir section 1) dans lequel il a piégé sa conjointe, créant ainsi chez elle un profond sentiment d’impuissance.

 

Le contexte d’intimité dans lequel s’exerce la violence conjugale est un facteur important à considérer. Pour la victime, l’auteur de violence est aussi l’homme qu’elle a aimé ou qu’elle aime encore, même si elle déteste les comportements qu’il a envers elle. Entre eux, il y a eu des moments de bonheur. Il y a également eu l’espoir d’une relation durable, voire le rêve d’une famille unie. 

 

Le travail étant à la base de l’autonomie financière, la précarité et l’absence de travail rémunéré maintiennent les femmes dans une dépendance économique envers leur conjoint. Pour plusieurs femmes, choisir la séparation consiste à choisir la pauvreté. En 2017, 75,7% des femmes salariées âgées de 15 ans ou plus occupaient un emploi à temps plein, comme 87,0% de leurs homologues masculins. Les femmes étaient deux fois plus nombreuses (24,3%) que les hommes (13,0%) à occuper un emploi à temps partiel.1 En 2017, le salaire hebdomadaire moyen des femmes travaillant à temps plein correspondait à 85,9% de celui des hommes.2

 

Dans ce contexte, la décision est encore plus difficile quand elle implique les enfants, puisque leur niveau de vie en sera inévitablement affecté. Or, la sécurité financière que procure un emploi permanent et à temps plein peut aider les femmes à sortir de l’isolement créé par la violence conjugale et à conserver, autant que possible, leur domicile et leur niveau de vie, tant pour elles que pour leurs enfants.

 

L’auteur de violence, pour empêcher sa conjointe de le quitter, fait des promesses, mais il peut aussi proférer des menaces : de la frapper, de se suicider ou parfois même de la tuer ou de tuer les enfants. Lors de la rupture, les menaces s’accentuent, la violence s’intensifie, le chantage se fait plus persistant. La séparation est souvent le moment le plus dangereux pour les victimes. L’auteur de violence peut devenir encore plus possessif et plus agressif envers sa partenaire et s’en prendre plus sévèrement à son intégrité physique, voire à sa vie.

 

Précisons aussi que le fait de quitter une relation violente ne met pas fin au cycle de la violence (voir section 1) ni au contrôle exercé par l’auteur de violence. Au contraire, pour ce dernier, tous les contacts deviennent propices à des moments de reproduction d’actes de violence :

 

    • transmission d’informations sur la santé de l’enfant ;
    • activités scolaires ;
    • échanges de garde ;
    • pension alimentaire ;
    • médiation, etc.

 

Il importe de respecter les décisions et les choix de la femme victime de violence et de maintenir un soutien constant dans tous les cas. L’implication de l’entourage de la victime, incluant le milieu de travail, permet de créer un réseau d’entraide afin qu’elle reprenne peu à peu le pouvoir sur sa vie et puisse assurer sa sécurité et celle de ses enfants.

 

Mise En Garde

Le rôle de l’employeur est d’assurer la sécurité des membres du personnel sur les lieux de travail ou à proximité. Le choix de quitter ou non une relation violente appartient à la femme et aucune pression ne doit lui être faite à cet égard.
L’employeur doit respecter les choix de l’employée victime. Rappelons que le moment de la rupture est un moment critique et hautement dangereux pour la femme victime et ses enfants.

 

1 Gouvernement du Québec (2018), Portrait des Québécoises, Édition 2018, Conseil du statut de la femme, page 23. Disponible sur le site du Conseil du statut de la femme, consulté en ligne le 9 septembre 2020 : www.csf.gouv.qc.ca
2 Gouvernement du Québec (2018), Portrait des Québécoises, Édition 2018, Conseil du statut de la femme, page 28. Disponible sur le site du Conseil du statut de la femme, consulté en ligne le 9 septembre 2020 : www.csf.gouv.qc.ca